La vente interactive immobilière au crible des données : ce que révèlent 2 580 ventes interactives terminées en France entre 2023 et 2026

La vente interactive est le seul mode de commercialisation immobilière qui produise, par construction, une trace numérique de la demande : qui dépose une offre, combien de fois, à quel prix. Pourtant, ce canal reste un angle mort statistique. Ni la base DVF, ni les notes de conjoncture notariales n'isolent le mode de vente. L'analyse qui suit porte exclusivement sur des ventes interactives terminées, c'est-à-dire dont la période de commercialisation sur la plateforme est close : 2 580 ventes interactives terminées ouvertes entre mars 2023 et septembre 2026 dans 1 179 communes et 91 départements conduites par 376 agences et 810 négociateurs totalisant 2 100 offres déposées en ligne et 974 ventes qualifiées Source des données : Squarimo, ventes interactives terminées, extraction du 24 septembre 2026. Elle permet, pour la première fois à cette échelle, de mesurer ce que produit réellement la mise en concurrence en ligne.

Squarimo étude vente interactive

Qu'est-ce que la vente interactive immobilière ?

La vente interactive, parfois appelée vente en ligne ou appel d'offres en ligne, repose sur trois temps :

  • un prix de présentation généralement inférieur à la valeur de marché estimée, destiné à générer du volume de visites ;
  • une fenêtre d'offres courte, de quelques heures à quelques jours, pendant laquelle les acquéreurs agréés déposent leurs propositions sur une plateforme sécurisée ;
  • un arbitrage libre du vendeur, qui choisit parmi les offres reçues ou n'en retient aucune.

 

Ce troisième point la distingue nettement de la vente aux enchères judiciaire. Il ne s'agit pas d'une adjudication : le vendeur reste libre de choisir parmi les offres reçues, ou de n'en retenir aucune. La meilleure offre ne vaut pas vente, elle vaut position de négociation. Cette distinction structure l'ensemble du marché, où quatre grandes familles d'enchères immobilières coexistent aujourd'hui.

Deux familles de dispositifs en France

Dispositif

Opérateur

Cadre

Cible

Vente notariale interactive (Immo-Interactif®)

Offices notariaux

Notarial, 45 jours

Tous biens

Vente interactive en agence

Agences et réseaux, via plateforme

Mandat « classique » avec clause particulière ou mandat de recherche d'acquéreur

Tous biens

 

Sur le premier dispositif, la cession se fait par appel d'offres sur Internet, avec un délai moyen de 45 jours entre la mise en vente et la réception des offres : organisation des visites quatre semaines avant, puis dépôt des offres sur une période courte. Les acquéreurs intéressés signent une demande d'agrément, gratuite et sans engagement, avant de pouvoir déposer une offre.

 

Le deuxième applique le même principe hors du cadre notarial. C'est le professionnel titulaire du mandat qui pilote la campagne, la plateforme jouant le rôle de tiers de confiance numérique : horodatage des offres, vérification de l'identité et de la solvabilité des acquéreurs. C'est ce segment qu'observe la présente analyse.

Trois stratégies techniques, deux résultats très contrastés

Squarimo propose trois paramétrages de mise en vente. Deux d'entre eux, le prix progressif et le prix libre, couvrent la totalité des ventes interactives terminées analysées, et l'opposition entre les deux constitue la variable la plus discriminante de l'échantillon. Le troisième, le prix dégressif, n'apparaît dans aucune vente terminée de l'échantillon.

 

Stratégie

Logique

Visibilité des offres concurrentes

Palier

Ventes terminées

Prix progressif

Par palier : chaque offre respecte un incrément minimum, une offre peut égaler une offre existante au même palier

Visible par défaut, confidentiel sur option du conseiller

Oui

1 481

Prix libre

Libre : montant au choix de l'acquéreur, au-dessus ou en dessous du prix indicatif

Non

Non

1 099

Prix dégressif

Enchère descendante, le prix baisse par paliers jusqu'à réclamation du bien

Sans objet

Oui

0

Un marché de fond qui se normalise, mais où la négociation redevient la règle

Pour interpréter les chiffres de la vente interactive, il faut d'abord situer le marché national.

 

Indicateur

Valeur

Période

Transactions logements anciens, cumul 12 mois

958 000

fin février 2026

Évolution annuelle

+11 %

sur un an

Point bas du cycle

832 000

septembre 2024

Zone d'équilibre estimée

environ 975 000

référence de marché

Délai moyen de vente

96 jours

T1 2026

Part des ventes négociées

8 sur 10

T1 2026

Marge de négociation moyenne

5,1 % à 7 %

T1 et juillet 2026

 

À fin février 2026, le volume de transactions de logements anciens atteint 958 000 ventes en cumul sur douze mois, soit une progression annuelle de l'ordre de 11 %, confirmant la sortie progressive de la crise amorcée en 2022. Le point bas remonte à septembre 2024, avec 832 000 transactions.

 

Cette reprise reste toutefois modeste. La zone d'équilibre se situe autour de 975 000 transactions, caractéristique d'un marché d'utilisateurs, et les prix s'inscrivent désormais dans une logique d'ajustement par la négociation plutôt que par des corrections brutales.

 

Ce point est décisif. L'ajustement passe désormais par la négociation, et les indicateurs de terrain le confirment. Il faut en moyenne 96 jours pour vendre un bien au premier trimestre 2026, un délai stable sur un an. Huit ventes sur dix sont négociées, avec une marge moyenne de 5,1 %, soit 3,4 % à Paris et 5,4 % en régions. D'autres relevés mesurent, en juillet 2026, des marges proches de 7 %.

 

C'est précisément dans cet environnement de délais longs, de négociation systématique et d'asymétrie d'information au bénéfice de l'acheteur que la vente interactive prétend apporter une réponse. Les chiffres permettent de tester cette prétention.

Ce que disent les 2 580 ventes interactives terminées

La concurrence produit du prix, et la relation est graduelle

Sur les ventes conclues, l'écart médian entre le prix de vente final et le prix de présentation est de +0,6 %. Ce chiffre médian masque l'essentiel, car il agrège des ventes sans aucune offre et des ventes très disputées. En segmentant par le nombre d'offres effectivement déposées, la progression est nette et monotone :

 

Offres reçues

Ventes terminées

Taux de transformation

Écart médian au prix de présentation

0 offre

1 847

45,4 %

0,0 %

1 offre

421

75,5 %

+0,7 %

2 offres

121

79,1 %

+2,0 %

3 à 4 offres

97

90,9 %

+5,3 %

5 à 9 offres

61

82,6 %

+9,7 %

10 offres et plus

33

96,6 %

+19,1 %

 

Trois enseignements se dégagent :

  • le prix croît avec le nombre de participants, sans effet de seuil : chaque palier supplémentaire ajoute du prix ;
  • la probabilité de conclure croît également, de 45,4 % sans offre à 96,6 % au-delà de dix offres ;
  • au-delà de dix offres, la médiane atteint +19,1 % au-dessus du prix de présentation.

 

Cette lecture appelle une nuance immédiate : la causalité n'est pas établie. Les biens attirant dix offres sont probablement sous-évalués au départ, ou intrinsèquement désirables. Le tableau mesure une corrélation robuste, pas un effet de traitement.

Le prix progressif surperforme nettement le prix libre

Les deux stratégies sont représentées en volumes suffisants dans les ventes terminées, ce qui autorise la comparaison :

 

Indicateur

Progressif

Libre

Écart

Ventes interactives terminées

1 481

1 099


Taux de transformation

58,9 %

54,3 %

+4,6 pts

Écart médian au prix de présentation

+4,0 %

−1,0 %

+5,0 pts

Durée médiane de commercialisation

28 jours

64 jours

2 fois plus court

Prix de vente médian

182 000 €

144 750 €

+26 %

 

L'écart est frappant : la médiane du prix libre est légèrement négative, et près de deux ventes sur trois en prix libre se concluent au prix de présentation ou en dessous, tandis que le prix progressif dégage quatre points de prix supplémentaires. La révélation en temps réel de l'état de la concurrence est le moteur du dispositif. Sans elle, l'appel d'offres en ligne fonctionne comme une vente classique accélérée.

 

Ce constat ne disqualifie pas le prix libre, qui répond à d'autres objectifs :

  • mesurer la demande réelle sur un bien difficile à évaluer ;
  • relancer un bien enlisé sans afficher publiquement une baisse de prix ;
  • préserver la confidentialité des positions de chaque acquéreur.

 

Il indique en revanche que le choix de la stratégie n'est pas neutre sur le résultat financier, et qu'il doit être arbitré selon ce que le vendeur cherche vraiment : du prix, ou de la vitesse.

Une commercialisation trois fois plus rapide

Périmètre

Durée médiane ou moyenne

Vente interactive, toutes stratégies

32 jours (médiane)

Vente interactive, prix progressif

28 jours (médiane)

Vente interactive, prix libre

64 jours (médiane)

Marché national, tous canaux

96 jours (moyenne, T1 2026)

 

Les périmètres ne sont pas strictement identiques, la fenêtre d'offres ne couvrant pas la totalité du cycle de commercialisation, mais l'ordre de grandeur est significatif.

 

Pour le vendeur, ce raccourcissement constitue souvent l'argument décisif, en particulier lorsqu'il faut vendre rapidement sous contrainte de calendrier :

  • financement par prêt relais avec échéance courte ;
  • succession à liquider entre plusieurs héritiers ;
  • mutation professionnelle ou divorce imposant une date.

Le prix de présentation est agressif, et le prix final reste sous le prix de mandat

C'est le résultat le plus inconfortable, et le plus utile.

 

Indicateur

Valeur

Décote médiane du prix de présentation par rapport au prix de mandat

−12,4 %

Part des ventes avec prix de présentation inférieur au mandat

80 %

Écart médian du prix final au prix de présentation

+0,6 %

Part des ventes conclues sous le prix de mandat

89 %

Écart médian du prix final au prix de mandat

environ −11 %

 

La mécanique se lit en deux temps :

  • un prix de présentation aligné sur le marché : l'écart médian de −12,4 % avec le prix de mandat correspond, pour l'essentiel, à l'écart habituel entre mandat et estimation. Ce positionnement réaliste attire un volume de visites qu'un prix affiché au niveau du mandat n'aurait pas généré ;
  • la mise en concurrence fait monter le prix à partir de cette base, ce qui explique que 89 % des ventes se concluent sous le prix de mandat : elles se rapprochent de la valeur réelle du bien plutôt que d'un prix de mandat souvent surévalué.

 

Rapporté à la marge de négociation nationale de 5 à 7 %, l'écart au prix initialement espéré par le vendeur reste du même ordre de grandeur, voire supérieur. Cette double lecture est le principal enseignement de l'analyse : la vente interactive accélère fortement la transaction et crée de la valeur lorsque la concurrence se matérialise, mais elle ne dispense pas d'un positionnement réaliste au mandat.

 

La qualité de l'estimation initiale et la détermination du prix de vente conditionnent donc l'ensemble du dispositif. Un prix de présentation agressif ne rattrape pas un mandat surévalué, il en révèle simplement l'écart plus vite.

Structure du parc commercialisé

Type de bien

Ventes terminées

Part

Taux de transformation

Appartement

1 527

59 %

60,5 %

Maison

880

34 %

51,1 %

Terrain

50

2 %

55,0 %

Immeuble

45

2 %

44,0 %

Autres (parking, locaux, bureaux)

78

3 %

variable

 

Par typologie de logement, le gradient est net et cohérent avec la profondeur de la demande sur chaque segment :

 

Typologie

Ventes terminées

Taux de transformation

Prix de vente médian

Studio

215

65,3 %

75 000 €

2 pièces

498

62,7 %

129 000 €

3 pièces

539

62,2 %

175 000 €

4 pièces

401

52,9 %

182 500 €

5 pièces et plus

794

49,3 %

250 000 €

 

Sur l'ensemble des ventes conclues, le prix de vente médian s'établit à 160 000 €, pour un prix au m² médian de 2 515 €.

 

Les biens atypiques ou nécessitant des travaux sont surreprésentés par rapport à leur poids de marché, ce qui confirme l'usage du dispositif comme solution de relance sur les biens enlisés ou difficiles à valoriser.

 

Géographiquement, cinq départements concentrent les volumes :

 

Département

Ventes terminées

Haut-Rhin (68)

158

Essonne (91)

140

Alpes-Maritimes (06)

140

Var (83)

120

Gironde (33)

106

 

Cette répartition traduit l'implantation commerciale des agences partenaires plus qu'une géographie du marché. Les ventes en cours donnent un aperçu actualisé de cette couverture territoriale.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Trois réserves doivent accompagner toute lecture des résultats ci-dessus :

  • Une issue partiellement documentée. Sur 2 580 ventes interactives terminées, 1 606 ont une issue renseignée (909 vendues, 697 non vendues). Les taux de transformation sont calculés sur ce seul sous-ensemble ; les 72 ventes en attente de décision et les 902 ventes sans saisie de l'issue sont écartées.
  • Des offres sous-déclarées. 495 ventes conclues n'affichent aucune offre enregistrée : elles ont été finalisées hors du module d'offres en ligne, par exemple par une offre directe après la campagne. Les analyses par nombre d'offres portent sur les ventes effectivement tracées.
  • Un effet de sélection. Les biens confiés à une vente interactive ne sont pas tirés au hasard. On y trouve à la fois des biens rares difficiles à valoriser et des biens en échec de commercialisation classique. Les écarts avec les moyennes nationales ne mesurent donc pas un effet causal du mécanisme.

Sources

Données de vente interactive

  • Squarimo, export des ventes interactives terminées, extraction du 24 septembre 2026 (2 580 ventes, mars 2023 à septembre 2026). Jeu de données pseudonymisé publié sur data.gouv.fr.

 

Volumes de transactions, prix et conjoncture

 

Délais de vente et marges de négociation

 

Fonctionnement de la vente interactive